lundi 1 juin 2026
The Big Lebowski
posté par Professor Ludovico dans [ Hollywood Gossip -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les films -
Les gens ]
Que faire quand la semaine a été rude ? Quand on a connu le gros stress au boulot, et qu’on rentre crevé parce que le TGV a été retardé par des petits rigolos montés sur les caténaires ? Et bien on se (re)mate l’imputrescible Big Lebowski…
Tâche indispensable, car le grand Lebowski fut petit à sa sortie. Incompris par le public, la critique, (et le Professore !), le film – et son génie – sont devenus limpides aujourd’hui.
Il faut dire que l’intrigue n’est pas claire de prime abord, vaguement inspirée du Big Sleep (Le Grand Sommeil, chef d’œuvre tout aussi impénétrable de Howard Hawks). En deux mots, des truands ont confondu Jeffrey Lebowski (le Dude) avec un autre Lebowski, riche magnat de Beverly Hills. Voilà notre Dude mêlé bien malgré lui à une affaire d’extorsion. Bunny, la femme du magnat, est enlevée : El Duderino est chargé de remettre la rançon. Mais tout se complique, et va aller de mal en pis, comme il se doit.
Croisement d’une parodie de l’univers de Chandler (Raymond, pas Bings) avec la culture soixante-huitarde, The Big Lebowski n’est pas fourni avec son habituel privé hardboiled (Humphrey Bogart), mais plutôt avec le slacker Jeff Bridges, qui a de loin notre préférence.
C’est incontestablement LE grand rôle de cet immense acteur, assez sous-estimé*. Dans The Big Lebowski, IL EST Lebowski, le Dude, laissant l’impression tenace qu’il se joue lui-même**, un californien ultracool et fainéant rescapé d’un Mai 68 de fantasme, et sur qui tout semble glisser comme les White Russian, ces cocktails café, crème et vodka qu’il enfile avec une belle constance.
On le verra donc faire (ce qui est la base de la tragédie ou de la comédie) tout ce qu’il ne faut pas faire : réclamer son tapis à un odieux richard, accepter d’être son négociateur, ou coucher avec sa fille…
A la revoyure, le film dévoile sa mécanique de précision, cascade de problèmes montée comme un coucou suisse. Mais le film est avant tout une galerie de rôles incroyables, à qui les Coen offrent des scènes qui sont devenues depuis des sommets de la carrière de chaque acteur : John Goodman en Walter Sobchak, vétéran du Vietnam (et goy mythomane); Julianne Moore en artiste bohème, précieuse et nymphomane, Philip Seymour Hoffman en factotum coincé.
S’ajoute une pelotée de rôles annexes, Sam Elliott en chœur grec western, David Thewlis en artiste post moderne***, Ben Gazzara en producteur porno, une véritable actrice porno (Asia Carrera) qui joue quelque part son propre rôle dans le beaver movie Logjammin’, sans oublier les nihilistes Peter Stormare, Flea et Aimee Mann****…
Steve Buscemi, dont la carrière venait de décoller, trouve ici un rôle à son immense mesure, souffre-douleur discret et timide qui subit les foudres de Sobchack : « Shut the fuck up, Donny! »
Et puis, évidemment, last but not least, John Turturro, dans le rôle qui le rendit célèbre***** ; Jesus Quintana, champion de bowling et pédophile, pratiquant le cunnilingus sur sa boule de bowling tandis que les Gipsy Kings reprennent Hotel California !
Autant dire que cette phrase résume non seulement la folie Lebowski, mais aussi tout le cinéma des frères Cohen. A savoir un mélange des obsessions – et des rêves Americana – de ces Beaucerons US, eux qui sont nés à Saint Louis Park, Minnesota. Le Los Angeles des Eagles, le western et la country de Hank Williams, Esther Williams et Bob Dylan, assaisonné d’un goût peu commun pour l’absurde et le kafkaïen…
Car The Big Lebowski, c’est l’éternelle comédie des idiots, la saga des sans grade, la tragédie des losers qui a fait l’essentiel de la geste coenienne. Ici tout finit bien, comme le dit le Stranger : « It was a pretty good story…»
Mais avant, le film aura enchaîné les morceaux de bravoure, qui sont presque tous devenus des memes. Le bowling Turturro, les devoirs scolaires du petit Larry (« Is this your homework, Larry? ») et le pétage de plombs afférent (devenu culte à cause de la censure******), la séquence onirique/ballet Esther Williams, et le « Mark it zero ! » comminatoire de Walter Sobchak…
Car le film est devenu un véritable culte, célébré annuellement par des conventions ; les Lebowski Fest rassemblent des fans qui évidemment, jouent au bowling et s’affrontent à coup de citations du film : « The Dude abides » et autres « Nobody fucks with the Jesus»…
Tout cela est copieusement analysé dans l’excellent livre de Bill Green, Ben Peskoe, Scott Shuffitt et Will Russell, I’m a Lebowski, You’re a Lebowski.
Le film, lui, ne cesse d’être réévalué, et pour cause : il ne vieillit pas, il ne vieillira jamais.
* La Dernière Séance, Le Canardeur, King Kong, La Porte du Paradis, Tron, À Double Tranchant, True Grit, tout de même…
** Même s’il n’est pas basé sur lui, le rôle fut écrit pour Bridges. Pour l’anecdote, il porte ses propres sandales et son gilet de laine.
*** Qu’on retrouvera dans la série Fargo en mafieux monstrueux.
**** Flea, bassiste des Red Hot Chili Peppers et Aimee Mann, musicienne notamment de la BO de Magnolia.
***** Pour l’anecdote, John Turturro sortit assez fâché du tournage. Convaincu qu’il avait décroché un des premiers rôles, il découvrit que son rôle ne tenait que quelques minutes à l’écran. Des années plus tard, Turturro reconnaîtra que cette scène hallucinante l’avait inscrit pour toujours au panthéon du cinéma…
****** La version cinéma « This is what happens when you fuck a stranger in the ass! » est devenu le cryptique «This is what happens when you find a stranger in the Alps! » pour passer à la télé.
dimanche 31 mai 2026
Le sourire carnassier de Marquinhos
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
L’an dernier, il pleurait. Cette année, il est allé consoler son compatriote Gabriel immédiatement après son penalty raté, penalty qui permit au PSG de rester sur le piédestal de l’Europe du Football. Voilà des choses que la télé ne montre plus, toute concentrée qu’elle est sur la coupure pub, le journal de 20h ou que sais-je encore.
Instagram a pris ce rôle : montrer les coulisses, l’avant, l’après, le hors-champ. En scrollant, on a pu ainsi voir l’embrassade de Vitinha et de Pacho ou les larmes de Raya…
Pendant ce temps, la télé a quand même montré quelque chose d’intéressant, Captain Marquinhos parti chercher sa deuxième coupe. Plus de pleurs. Marqui arborait le sourire du guépard qui vient de dévorer sa proie. Et c’était bien de voir ça, plutôt que les discours lénifiants d’après-match marketés par le Qatar*.
Car oui, le sport est cruel, le sport est le spectacle de la cruauté. De toute éternité, l’humanité a besoin de sacrifice. Des gladiateurs aux corridas, on est passé à la NFL et à Roland Garros. Mais il y a toujours un matador, et une bête qui est tuée. Avant-hier c’était Djokovic, toréé pendant cinq sets par Fonseca, son élève. Djokovic vomissait aux changements de côté. Exsangue, il a fini par s’écrouler dans le sable brûlant de la Porte d’Auteuil, la bave aux lèvres.
Hier c’était Arsenal. Un combat serré, interminable, la plupart du temps sans intérêt. Puis, comme un pouce baissé par les Dieux, Gabriel rata son cinquième penalty.
Dans ce sport si injuste qu’est le football, on put y lire une forme de justice immanente. Arsenal, une fois son but marqué, avait refusé le combat pendant une heure. Espérant répéter le génial cattenaccio imposé par Mourinho à l’Inter en 2010, dans sa demi-finale gagnée contre le Barça. Un football moche mais efficace contre la maestria du FC Barcelone de Guardiola.
Mais cette fois-ci, ce fut le beau football de Luis Enrique, fait de pressing et de gestes techniques inouïs, qui l’emporta. L
Malheur aux vaincus.
* « Amusez-vous, mais avec modération ! » ; consigne respectée à la lettre par les émeutiers dans Paris…
vendredi 22 mai 2026
Soleil Levant
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Hollywood Gossip -
Les films ]
C’était une époque de panique. En 1990, Sony avait racheté la Columbia, et c’était une tragédie. La revanche des Japs, Pearl Harbor : Renaissance, les faces de citron allaient manger tout cru l’Amérique post-reaganienne à coup de jeux vidéo, de téléphones portables, et de CD-Rom.
Evidemment ça n’est pas arrivé, car Hollywood, telle la Baleine, avale ses acheteurs et les recrache sans changer d’un iota, comme ce fut le cas plus tard avec Vivendi et Pierre Lescure.
C’est tout l’intérêt de Soleil Levant, adaptation du livre parano de Michael Crichton par Philip Kaufman, surtout connu pour L’Etoffe des Héros.
Depuis 1993, ce film traîne dans la tête du Ludovico depuis que le Prince d’Avalon, en pleine nippophobie, avait adoré le film en salle. Aujourd’hui, c’est avec le plaisir du 14ème degré qu’on regarde Soleil Levant.
Le film est extraordinaire, aussi bien dans sa forme eighties, sa scénarisation bancale, que dans son propos ouvertement raciste. Ce qui réévalue évidemment à la hausse – le dira-t-on jamais assez – les films Michael Bay de la même époque avec les mêmes acteurs (The Rock et Armageddon), qui eux, n’ont pas pris une ride, sont autrement plus beaux, et autrement plus intéressants…
Donc si vous voulez une bonne dose de clichés racistes et sexistes sur les Japonais, des Américains bienveillants qui cherchent à comprendre la culture nippone tandis que des conglomérats sournois veulent mettre la mains sur les semiconducteurs made in america*, des ascenseurs qui parlent et des yakuzas rigolos, si vous voulez voir un noir (Wesley Snipes) sidekick comique d’un blanc qui sait tout (Sean Connery), si vous voulez voir 90% de Tatjana Patitz, ou retrouver Ray Wise sans Laura Palmer, courez acheter des popcorns…
Et lancez le laserdisc !
*Les très justement nommés MicroCon…
vendredi 22 mai 2026
Herbes Flottantes
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Brèves de bobines -
Les films ]
Après avoir été converti au cinéma carré et immobile du grand Yasujir? Ozu (par le Framekeeper lui-même en personne !), puis l’avoir apprécié seul (Gosses de Tokyo, Le Goût du Saké, Fleurs d’Equinoxe (ah ! L’enthousiasme du jeune converti !), voilà qu’Herbes Flottantes nous est proposé par Lady Turenne. Herbes Flottantes, comme chacun sait, est le remake couleur de son film de 1934.
Bon.
Avouons que, même pour un Ozu, c’est diablement lent.
Une troupe de théâtre à la ramasse débarque sur une île, et on découvre que Komajuro, le maître kabuki, n’est pas l’oncle du jeune Kiyoshi, mais bien son père. Jalouse, la maîtresse actuelle de Komajuro envoie une jeune actrice le séduire. Deux intrigues, quelques blagues, voilà l’essentiel, et ça ne tient pas bien 119 minutes…
Personne n’est parfait.
jeudi 21 mai 2026
Back to the future?
posté par Professor Ludovico dans [ Brèves de bobines -
Hollywood Gossip -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
On s’était déjà interrogés, avec Marvel, sur la péplumisation du cinéma américain, mais un autre indice de cette régression 50s – cette fois-ci française – vient d’être donné avec la déclaration de Maxime Saada. Après la pétition des artistes contre la « fascisation » de Canal+, le retour smashé de son DG vaut son pesant de cacahouètes. Certes, nos amis artistes « professionnels de la profession » n’ont pas fait dans le subtil, mais ils ne le font jamais.
Mais qu’un Directeur Général réagisse ainsi, on ne s’y attendait pas. Faire une Liste Noire façon McCarthy est non seulement dangereux, mais inutile. Que cette réplique soit sur ordre ou pas, elle est stupide. Canal+ a besoin du cinéma (il y est même obligé par la loi), et le cinéma a besoin de Canal+.
Et les artistes ont le droit de dire des bêtises, ils sont même payés pour. L’art n’est pas une entreprise, même si le cinéma est une industrie. Ses travailleurs sont particulièrement doués à quelque chose (faire une lumière, prendre un son, dire un texte), et on les paie très chers pour ça. Ils n’appartiennent pas, ne sont pas salariés de l’entreprise Canal+. Ce ne sont pas des collaborateurs qui dénigrent leur entreprise, mais des indépendants, libres de dire ce qui leur chante. C’est la prérogative même de l’Artiste.
Dans le même temps, on est tombé sur deux films américains, aux antipodes l’un de l’autre. Jurassic World : Renaissance de Gareth Edwards (définitivement perdu pour la science) et Apocalypse Now : final cut de Coppola, perdu, lui en 1979.
Ces quelques minutes de Renaissance (pas celle des Medicis, mais plutôt un bateau chassant un mega-dino marin) font penser aux vieux films de Ray Harryhausen (Jason et les Argonautes, 1963) où tout sonne faux, malgré les millions de dollars de CGI. Dans les vieux films d’Harryhausen, la poésie était là, au moins… Sans minimiser le travail de titan des milliers de compositeurs CGI, esthétiquement c’est horrible. La mer est en plastique, le bateau en carton-pâte, et quand il se fracasse sur un rocher, on n’y croit pas une seconde…
Quelques jours plus tard, CanalBolloré+ diffuse le méprisable Final Cut d’Apocalypse Now. On sait tout le mal que le Professore pense de cette extorsion marketing, mais c’était justement la pénible scène de la plantation française. La très bonne Aurore Clément y joue exceptionnellement comme un pied ; quant à la séquence, elle dé-subtilise le propos du chef-d’œuvre originel.
Mais voilà, une fois passé ce mauvais moment, on retombe dans la brume, le bateau file vers le Laos, les flèches volent et sur la terrifiante musique de Carmine Coppola, on arrive au camp de Kurtz… « Etes-vous un assassin, Willard ? Non, vous êtes un garçon de courses, envoyé par des épiciers encaisser la facture ».
A nouveau, un film parle à notre cerveau…
vendredi 15 mai 2026
Los Años Nuevos
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Un chef-d’œuvre, ça n’arrive pas tous les jours. Un chef-d’œuvre discret qui se cache derrière un pitch unique, c’est Los Años Nuevos…
On suit en effet un couple (et quelques amis) pendant dix ans, mais seulement les 31 décembre et 1er janvier. Entre-temps, c’est hors-champ, et rien que ça, c’est déjà passionnant : que s’est-il passé cette année ? C’est ce qu’on va apprendre, évidemment, dans l’épisode qui suit.
Rodrigo Sorogoyen, déjà auteur de très bons films (Que Dios nos Perdone, El Reino, As Bestas…) réalise cela sans aucune afféterie stylistique*. Tout a l’air très simple, jusqu’au moment où l’on comprend qu’on est sur un plan séquence depuis une demi-heure…
Car évolue, devant nos yeux ébahis, un couple d’acteurs extraordinaires (Iria del Río et Francesco Carril**) qui portent ce couple de cinéma pendant dix heures, et c’est beau comme la vie. Comment on se rencontre, comment on tombe amoureux, comment on se déchire ou comment on se retrouve…
On osera dire qu’on n’a jamais vu ça. Tomber amoureux, par exemple. Là où n’importe qui ferait des raccourcis cut (un petit sourire, des mains qui se frôlent, un baiser, et puis on couche ensemble), Sorogoyen décide de la jouer live, temps réel. Pendant que les dialogues de la soirée sont volontairement small talk (t’as des clopes ? tu reprends une bière ?) la caméra s’attarde sur les corps, sur les visages, en bref l’essence du cinéma. Car ce sont eux que Sorogoyen charge de dire les vraies choses : la solitude, l’envie, le désir… La magie pure de l’acteur fait le reste ; un regard en coin, de lèvres qui se plissent, et on comprend ce qui se passe vraiment, à savoir qu’un couple se forme. On ne vous en dira pas plus, car c’est le grand plaisir, évidemment, de Los Años Nuevos.
* Mais aussi Sara Cano et Paula Fabra…
** Mais aussi Pablo Gómez-Pando, Ana Telenti, Lucía Martín Abello, Vladimir Perrin, Ana Labordeta…
vendredi 15 mai 2026
Le Bus
posté par Professor Ludovico dans [ Documentaire -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens -
Pour en finir avec ... ]
Enfin.
Seize ans après, Netflix remet l’église au centre du village. Nous n’étions pas nombreux en 2010 à soutenir Patrice Evra, Nicolas Anelka, et Frank Ribéry contre Raymond Domenech, Jean-Pierre Escalettes et Roselyne Bachelot. Pas nombreux à défendre ces « caïds de banlieue », cette « racaille millionnaire » qui osait faire grève. Et perdre cette Coupe du Monde qui nous était due.
Car ces joueurs étaient des champions. Evra, meilleur arrière gauche au monde, capitaine de Manchester United, vainqueur de la Ligue des Champions. Anelka, gros buteur de Chelsea, Ribery, star du Bayern etc. Comment se fait-il, dans un sport collectif, que des joueurs géniaux deviennent nuls ? Qu’ils enchaînent les contre-performances, perdent l’Euro ? La raison est toujours la même, quel que soit le sport : l’entraîneur n’a pas réussi à créer un groupe.
Et dans les faits, Domenech était alors un sélectionneur haï, comme il avait été un joueur haï pour sa brutalité. Vilipendé pour son manque de résultats, pour ses déclarations à l’emporte-pièce « J’ai vu des belles choses », pour son indécente demande en mariage à l’issue de la défaite à l’Euro…
Pourtant, ce n’est pas ce qu’on va reprocher à Domenech dans ces fameuses heures de Knysna. Car tout se renverse après France-Mexique. Anelka ne rentre pas à la deuxième-mi-temps, la France perd et le lendemain, la Une de l’Equipe titre « Va te faire enculer, sale fils de pute » attribué à Nicolas Anelka. Voilà le joueur exclu de la Sélection, il rentre en France. Les joueurs menés par Evra font la fameuse grève de l’entrainement, tout cela inverse les rôles et transforme le coach et la FFF en victime de voyous immatures.
Le Bus de Netflix fait enfin la lumière sur tout cela, et les acteurs parlent. Les joueurs (Evra, Gallas, Sagna), la presse (Vincent Duluc, Sébastien Tarrago) mais surtout les institutionnels (Domenech, Bachelot et François Manardo, l’attaché de presse de la FFF…)
Ces mensonges, ces manipulations étaient suspectées, mais en voici la preuve. Anelka n’a jamais prononcé ces mots (c’est Domenech lui-même qui le dit, face caméra « Il m’a tutoyé , ça m’a énervé… » sic !) Il n’y a pas eu de traître au sein de l’Equipe de France : la presse s’est enflammée sur une ambiguïté de Ribery (sur un terrain déjà bien inflammable, il est vrai.)
Et surtout, la récupération politique a commencé. Le football, mouchoir habituel des passions mauvaises, comme le dit Eduardo Galleanao*, est sorti de la poche des politiques…
Le témoignage de Roselyne Bachelot est tout à fait éclairant sur le sujet. Après la grève, elle se rend en urgence en Afrique du Sud et tient un discours très émouvant de fermeté, selon les mots mêmes des joueurs. Une maman, aimante, qui vient les gronder : « Quelle trace voulez-vous laisser ? », conclut-elle. Et ça fait son effet : « Enfin un discours d’entraineur ! », commente Evra aujourd’hui. Mais deux jours après, la même Bachelot à l’Assemblée Nationale les traite de « caïds immatures » ; opportunisme crasse du politique**, et stupéfaction des intéressés. Le cliché est en réalité trop beau pour ne pas être instrumentalisé : quelques pauvres blancs pur sucre (Gourcuff, Domenech…) harcelés par des voyous issus de l’immigration (Anelka, Evra, et… Ribery, le musulman converti). Le cirque peut commencer.
Pourtant rien de tout cela n’est vrai, rien de tout cela n’est arrivé. En confiant imprudemment son journal intime à Netflix, Domenech montre son vrai visage d’égocentrique, paranoïaque obsédé qui aime la provocation permanente : « Gourcuff est un autiste complètement con », « Anelka est un gros con », ses joueurs « des abrutis, de vrais connards ». Manipulation de Netflix ? Même face caméra, Domenech continue : « Si Gallas est capitaine, moi je suis général » « La lettre ? Je ne pouvais pas croire qu’ils l’avaient écrite, il n’y avait pas de fautes d’orthographe ! »…
Domenech a toujours été en roue libre, et il aurait dû être viré bien avant. Si l’Equipe de France était en finale de la Coupe du Monde 2006, c’était grâce au retour de Zidane. Si elle l’a perdu, c’était à cause du coup de boule de Zidane. Tout cela avait caché l’impréparation, la bêtise manipulatoire de son Sélectionneur. Mais la FFF s’est entêtée pendant quatre ans, sans voir que l’iceberg Knysna pointait à l’horizon.
Il y a aussi des beaux moments dans ce Bus : la larme d’Evra pendant la Marseillaise, celles de Deverne, le préparateur sportif, seize ans après, qui montre ces vies abimées (et celles de leurs familles) par le scandale. Ces gens gagnent certes des millions mais personne, absolument personne, ne mérite l’injustice. Le football, une fois de plus, révèle les fractures de notre pays qui rêve de trouver des boucs émissaires aux malheurs qu’elle s’est elle-même créés.
Le mouchoir, les larmes, encore et toujours.
* Le Football : Ombre et lumière, Eduardo Galleanao
**Comme par hasard, la très télégénique Roselyne 2026 refuse dans le documentaire de commenter cette dernière déclaration.
mercredi 13 mai 2026
Conclave
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
Ralph finesse. On oublie – parce qu’il est discret – que Ralph Fiennes est un très grand acteur. On sait qu’il a commencé comme la pire ordure au monde, le terrible Amon Göth dans La Liste Schindler, un rôle qui aurait tué bien des carrières. Mais depuis, il a tout fait, ou presque : Le Patient Anglais, John Steed dans le très mauvais remake de Chapeau Melon et Bottes de Cuir, un tueur en série dans Dragon Rouge, Voldemort ou Hadès, bossé chez James Bond ou Wes Anderson, joué un réalisateur très affecté chez les Coen dans Ave César…
Ici, il campe un cardinal compassé dans Conclave. Un « administrateur », selon ses propres termes, chargé, à la mort du souverain pontife, d’assurer le conclave qui va désigner son successeur.
Le film reconstitue avec réalisme cette opération. Edward Berger, qu’on a connu moins fin dans le remake de A l’Ouest Rien de Nouveau, pilote dans un classicisme de bon aloi cette adaptation du livre de Richard Harris. Il suit les méandres de cette élection si mystérieuse, ces 103 cardinaux servis par quelques bonnes sœurs qui doivent élire le nouveau pape en restant confinés pendant des jours dans la Chapelle Sixtine. Chacun prétend ne pas vouloir accéder à la candidature suprême et pourtant rêve de devenir le nouveau vicaire de Christ.
Fiennes incarne parfaitement ce cadre sup du catholicisme, tiraillé entre sa foi vacillante et ses compétences de diplomate, assurant avec un rare sens moral la mission qui lui a été confiée.
Le thriller monte lentement, car même confinés, l’extérieur, le monde est là, et il intervient dans les débats : sexualité, islamisme, progressisme et traditionalisme…
Tout cela est assez passionnant, jusqu’à la surprise finale, qui gâche un peu le plaisir en violant la Loi d’Olivier. La fameuse loi qui dit que l’auteur ne peut pas être le Dieu omniscient de son univers. En effet, aucun indice n’est laissé au spectateur qui permette de deviner le final. D’où l’impression (même si moralement, c’est une belle fin) de s’être fait un peu escroquer…
mardi 5 mai 2026
Les Rayons et les Ombres, dernière ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Bon, on veut pas en remettre une couche, mais quand même… Si le sujet vous intéresse – et si vous avez du temps devant vous – jetez un œil sur la vidéo de MicroCiné sur le Giannoli avec François Bégaudeau, ça vaut le coup.
Plutôt que dénigrer Giannoli, ou s’y attaquer politiquement, Bégaudeau démonte très rationnellement le film pièce par pièce et en dévoile la malhonnêteté. Quelques exemples :
- Giannoli dit que Luchaire est une ordure. Pourtant, il ne montre que les actions positives du personnage : protéger sa fille, ne pas dénoncer des résistants, sauver une famille juive…
- Il utiliser sa fille comme narratrice, ce qui crée une distance (l’innocente fille qui aime son père). Faire le portrait de Luchaire, et seulement de Luchaire, aurait forcément durci le propos. Cette narratrice, étonnamment lucide sur son père et sur elle-même (tout le contraire de la vraie Corinne Luchaire, by the way) excuse ses actes et gentillise le propos. Une fille parle de son papa, voilà qui arrondit les angles et rend le film inoffensif, ce qu’il ne devrait pas être. C’est d’autant plus drôle que Giannoli prétend partout « affronter courageusement le problème de la Collaboration ».
- Le film est par ailleurs très confortable, rien de gênant n’est montré : ni rafles, ni Gestapo, ni Miliciens en action (à part une unique séance de torture)*
- Par contre, Giannoli exhibe les innombrables souffrances des Luchaire : toux, glaires et sang.
- « Il nous reste le cinéma » : la phrase culte du final, comme si le cinéma était un bloc, comme si le cinéma pouvait, lui, rester pur. Il y a pourtant eu pendant la guerre un cinéma collaborationniste.
- Avec Les Rayons et les Ombres, on n’a pas un film sur la Collaboration, mais un film de Collaboration, avec les clichés qui vont avec (une fausse scène avec Céline, seul écrivain collabo à peu près connu du public, et l’inévitable orgie, avec filles en porte-jarretelles et casquettes de la Wehrmacht…**)
Ici s’arrête – sous réserve d’informations nouvelles portées à la connaissance du Professore Ludovico – la persécution du pauvre Xavier Giannoli …
*Bégaudeau développe à ce moment-là le point de vue de CineFast sur l’adaptation impossible de Dune : quand on fait un film de cette dimension, avec le budget afférent, on ne peut pas faire un film inconfortable ou clivant…
** Comme dans l’autre grand film sur la Collaboration : Papy fait de la Résistance
lundi 4 mai 2026
Un Ours dans le Jura
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
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C’est donc ça, le fameux César qu’a (enfin) eu Franck Dubosc ? Ici, on n’en a rien à foutre de la Palme des Alpes Maritimes, du César Compressé, des Oscars « indie » à 18 millions de dollars*… Mais avouons-le, notre cœur de midinette avait craqué devant le « Césario » 2025 de Frank Dubosc. Et encore plus touché par son vrai César et son discours de cette année.
Car ce qui manque aux César, c’est tout simplement une récompense comique. S’il y avait un César de la Comédie, un César du Meilleur Acteur Comique, du Meilleur Second Rôle Comique, ce genre serait plus méprisé. On ne comparerait pas la performance extra de Delphine Baril dans Les Pistolets en Plastique avec Nina Meurisse, la gagnante des César 2025 pour L’Histoire de Souleymane ! Plus fondamentalement, on pourrait distinguer la bonne comédie de la mauvaise, ce qui, avouons-le, ne ferait pas de mal au cinéma français !
Eh bien, en voilà une de bonne comédie. Un Ours dans le Jura se place clairement dans les traces ursidées des Frères Coen. Un dérapage incontrôlé, des migrants qui font plus que migrer, des gangsters pas fut-fut et des gendarmes pas si neuneu. Dubosc tient parfaitement son sujet, n’en fait pas trop (on l’attendait au tournant – verglacé -), Poelvoorde non plus. Calamy est très bonne, comme d’habitude.
Que demande donc le peuple, sinon une bonne comédie française ?
*coût de la promo d’Anora, soit 3 fois le coût du film lui-même…