mercredi 15 juillet 2026
Disclaimer
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
Deux amoureux en balade à Venise, un couple de quadra londoniens en crise… Un professeur d’université, veuf et viré… Un roman à clefs… Des chats qui se promènent… Quel est le lien ? En sept épisodes, Alfonso Cuarón vous expliquera tout dans un thriller glauque et glacial.
Servi par un quatuor d’acteurs exceptionnels (Cate Blanchett, Sacha Baron Cohen (méconnaissable !), Kevin Kline et Leila George), Cuarón filme cette vengeance en beauté mais sans affèterie inutile. Jusqu’à la fin on est amusé, exaspéré, ému par les personnages, tout en ne sachant jamais vraiment où l’on va. Ou plutôt, on croit savoir où l’on va, jusqu’au moment où l’on est détrompé. Les apparences, comme toujours, sont trompeuses…
Le CineFaster pointilleux pardonnera quelques outrances ou invraisemblances, qui ne sont là que pour tromper le spectateur.
Pour, au final, son plus grand plaisir.
lundi 13 juillet 2026
Sam Neill, une présence
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Ce n’était pas le meilleur acteur de sa génération, loin de là… Il a souvent interprété des personnages falots, mais sa simple présence dans une forte proportion de notre panthéon cinématographique suffit à signifier la perte.
C’est une raison bien anecdotique (il y a d’autres malheurs dans le monde) mais voilà, c’est comme ça, un seul être vous manque et tout est dépeuplé : L’Antre de la Folie La Leçon de Piano, À la poursuite d’Octobre Rouge, Event Horizon, Calme Blanc, Jurassic Park, Les Tudors…
Sam Neill est mort ce lundi, et on est triste.
lundi 13 juillet 2026
Brion Gysin, final cut
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Les gens ]
Vient de se terminer au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris une expo un peu mineure sur l’œuvre de Brion Gysin, poète, écrivain et peintre américano-canadien des années 50*. Mineure mais importante aux yeux du Professore. Brion Gysin était un des artistes phares de la Beat Generation, dont le Ludovico admire le Grand Prêtre, William Burroughs, auteur du Festin Nu souvent cité ici. Le héros du Ludovico était l’ami de Gysin, et il bénéficia de sa plus grande invention, le cut-up.
Une méthode qui consiste à découper des pages dans le journal du jour, une pièce de Shakespeare, ou les résultats du foot, et de les coller ensemble pour voir le résultat. Cela fascina Burroughs. Au « Beat Hotel », hôtel miteux mais accueillant de la rue Git-Le-Cœur, il termina ainsi son Naked Lunch.
L’influence de cette anecdote est secrète mais immense. De nombreuses chansons ont été écrites avec cette technique, de Bowie à Radiohead en passant par les Stones**. L’expression Heavy Metal vient aussi de cette association d’idée, tout comme Soft Machine, qui donna le nom d’un groupe. Mais surtout, cette libération du langage (dont Burroughs pensait que l’humanité était esclave***) allait porter des libérations bien plus grandes, celles de Mai 68.
Pour le cinéma, l’influence est moins claire. L’art du cinéma consiste déjà à couper et coller des scènes qui ne se ressemblent pas. Le collage, qui vient aussi des Surréalistes, Lettristes et autres Dadaïstes, a eu pour première influence leurs héritiers : les Situationnistes de Guy Debord, et notamment l’adaptation cinématographique de La Société du Spectacle. Dans le cinéma plus « commercial », d’autres réalisateurs s’en sont emparés, au moins ponctuellement : Nicolas Roeg (Performance, L’Homme qui Venait d’Ailleurs), Antonioni (Zabriskie Point), et bien sûr Godard (Pierrot le Fou, One+One, son cut-upissime doc mélangeant enregistrement des Stones et Black Panthers).
Le cut-up, c’est la métaphore même de la culture. Pas la culture avec un Grand A, mais bien la culture de chacun, qui fonctionne par association d’idées. On se promène d’influence en influence, de héros en héros. Le Ludovico a commencé avec Pink Floyd, Bowie et les Stones, trois chemins qui puisaient à la même source, William Seward Burroughs. Le lire menait à d’autres recommandations : Shakespeare et Paul Bowles, Hassan ibn al-Sabbah et les Maîtres Musiciens de Jajouka, et aussi… à Brion Gysin.
Pour payer ses dettes, Ludovico se rendit à l’expo. La boucle était bouclée…
*Brion Gysin, Le dernier musée
**Moonage Daydream, Scary Monsters, Kid, Casino Boogie…
*** « …To travel in space, you must learn to leave the old verbal garbage behind. God talk priest talk mother talk family talk party talk country talk. You must learn to exist with no religion no country or no allies. You must learn to see what is in front of you with no preconceptions. If you want the world you could have in terms of discoveries and resources now in existence, be prepared to fight for that world… To fight for that world in the street… »
William S. Burroughs « Academy 23 »
samedi 11 juillet 2026
Que Dieu bénisse Instagram !
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... ]
Il est de bon ton de cracher sur les réseaux sociaux, qui décérèbrent notre belle jeunesse, subvertissent la politique, généralisent le porno… On pourrait aussi dire que le mal est dans celui qui regarde, ou comme le remarquait un influenceur politique célèbre « celui qui trompe trouvera toujours qui se laissera tromper. » Les innovations ne sont pas responsables des travers de l’humanité. Les singes évolués que nous sommes sont seuls comptables de nos dysfonctionnements…
Pour sa part, le Professore est un grand dévoreur et fournisseur d’Instagram, et pense qu’on peut y trouver rien de moins que la beauté du monde. Oui, toute la beauté du monde : celle où on n’ira jamais, des fleuves d’Amazonie au fin fond de la Voie Lactée, mais aussi, plus prosaïquement, sur ce qui passionne chacun, des trains électriques au buts de Mbappé, de la bataille de Gettysburg au tuto maquillage…
Pour ce qui nous concerne ici, on n’a pas forcément le temps de revoir Game of Thrones, Les Sopranos ou The Wire. Les utilisateurs d’Instagram vous amènent sur un plateau les meilleurs moments de vos séries ou films préférés : réentendre les dialogues ciselés du Trône de Fer, comprendre avec le recul la partie d’échecs en bas des projects de Baltimore, ou revoir le final de 2001…
Que demande le Peuple ?
vendredi 10 juillet 2026
Backrooms
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est le sommet de la vague Arty-Horror, un genre qui a fait la réputation de la maison de production A24 depuis quinze ans, devenue powerhouse d’Hollywood par le truchemet d’une stratégie maligne de films d’horreur intellos (The Lighthouse, Midsommar, The Green Knight, Heretic…) et de gros budgets accordés à des chouchous indé (Josh Safdie, Barry Jenkins, Kelly Reichardt, Jonah Hill, Joel Coen, Sean Durkin, Jonathan Glazer…)*
Un one for them, one for us modernisé via des séries B. B, oui, mais à gros budget.
La hype ne pouvait donc être plus forte avec Backrooms : une photo mystérieuse d’open space vide qui traine sur 4chan, un wannabe cinéaste qui improvise (à seize ans !) une série YouTube sur cette creepypasta, ces légendes urbaines qui bourgeonnent sur le net…
Immédiatement repéré par A24, le débutant Kane Parsons se voit confier deux gros acteurs (Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave) et Renate Reinsve (Valeur Sentimentale)) et 10M$ pour filmer ces espaces liminaires…**
Le résultat est là : le gamin a des idées, une patte, et un scénario mystérieux. En l’occurrence, un vendeur de meubles au bord du nervous breakdown découvre au sous-sol de son magasin un open space abandonné. Ce labyrinthe sans fin ressemble plutôt à une installation d’art contemporain, ce qui, avouons-le, compose l’essentiel de l’originalité et de l’intérêt du film.
Le reste est plus classique : cris bizarres, jump scares, séquence chez la psy qui orientent le film vers la maladie mentale. Mais Backrooms a la noblesse de ne pas vraiment donner de sens à cette énigme.
On reste quand même en terrain connu, un peu trop balisé peut-être. On reconnait la patte d’A24, qui industrialise les concepts qu’on lui amène, et pasteurise les réalisateurs qui tombent sous sa coupe.
Mais, pas de doute, le jeune Parsons ira loin.
*Marty Supreme, Moonlight, First Cow, Macbeth, 90’s, Iron Claw, La Zone d’Intérêt…
** Un concept internet : des espaces vides où l’on a l’impression d’être observé
vendredi 3 juillet 2026
Fandom, du cinéma ou du camping ?
posté par Professor Ludovico dans [ Le Professor a toujours quelque chose à dire... -
Pour en finir avec ... ]
Roger Ebert, un des grands critiques américains, et l’un des plus populaires* a écrit un texte intéressant à l’occasion d’une critique de Fanboys, la pochade de Kyle Newman sur les fans de Star Wars.
« En réalité, beaucoup de geeks sont avant tout fans… du fandom ! Leur maîtrise de l’univers de Star Wars ou de Star Trek est un outil au service de leur propre dévotion. Car quand on campe pendant des jours pour être le premier à voir un Star Wars, c’est qu’on aime plus le camping que le cinéma !
Ce fandom extrême est, d’une certaine manière, une couverture de survie pour asociaux, un substitut aux compétences relationnelles. Pas besoin d’improviser une conversation : vous êtes Luke Skywalker, elle est la Princesse Leia : vous savez déjà quoi vous dire.
L’obsession fandom est un cache-sexe. Si vous savez tout sur votre niche pop, pas besoin de s’intéresser à quoi que ce soit d’autre… Parler avec ces gens-là est terriblement ennuyeux : ils posent des questions dont ils connaissent toujours la réponse. »**
De cette attaque, le Professore Ludovico se sent à la fois visé (comme geek) et concerné (tout aussi énervé par les monomaniaques). Mais cela résonne avec quelque chose de très profond, que le Professore prend pour chose acquise : le langage ne sert pas à unir les gens, mais au contraire à les séparer ou les clanifier.
Ce n’est pas pour rien que les métiers créent des jargons, les campagnes leur patois, les religions leurs termes ésotériques, et les passions, leur propre vocabulaire. Prenez le PMU, ou les jeux de rôles : tous deux rêvent d’élargir leur public, de faire découvrir le plaisir des courses hippiques, ou le monde fascinant de Warhammer…
Mais pour autant, dès qu’une tentative de simplification est proposée, pari simplifié ou kit d’initiation, les hardcore gamers/turfistes crient au scandale. Parce qu’en réalité, le jargon est l’obstacle à franchir, le rite initiatique indispensable pour être autorisé à entrer dans le club. Tu dois te taper les règles de Donjons et Dragons, tu dois savoir lire la musique d’un cheval***… Il est notable d’ailleurs de constater que, quand deux fans se rencontrent, les premiers mots sont souvent des allusions à leur passion commune, comme un mot de passe ou un signe de reconnaissance… Les rôlistes s’appellent fréquemment par le nom de leurs personnages, les fouteux par le nom de leur joueur favori…
Le langage ne sert donc pas à se faire comprendre, mais à se relier entre communautés, tout en excluant ceux qui n’en font pas partie.
Au début des années 80, le Ludovico n’était pas Professore mais élève au lycée Louis Bascan de Rambouillet. Attendant le bus qui devait le ramener au foyer familial, des Premières C jouaient avec des dés bizarroïdes sur le trottoir. « C’est quoi votre truc ? » osa-t-il s’enquérir. La réponse fut cinglante : « T’as lu Seigneur des Anneaux ? Non ? Reviens-nous voir quand tu l’auras fait… » Il fallait donc lire 1000 pages pour avoir le droit de jouer à Donjons & Dragons.
Ce que le Professore Ludovico fit, évidemment…
*Ebert a popularisé à la télé le « Two thumbs up » avec son collègue Gene Siskel (s’il levaient les pouces en l’air tous les deux, il fallait aller voir le film…)
**“A lot of fans are basically fans of fandom itself. It’s all about them. They have mastered the Star Wars or Star Trek universes or whatever, but their objects of veneration are useful mainly as a backdrop to their own devotion. Anyone who would camp out in a tent on the sidewalk for weeks in order to be first in line for a movie is more into camping on the sidewalk than movies. Extreme fandom may serve as a security blanket for the socially inept, who use its extreme structure as a substitute for social skills. If you are Luke Skywalker and she is Princess Leia, you already know what to say to each other, which is so much safer than having to ad lib it. Your fannish obsession is your beard. If you know absolutely all the trivia about your cubbyhole of pop culture, it saves you from having to know anything about anything else. That’s why it’s excruciatingly boring to talk to such people: They’re always asking you questions they know the answer to.”
*** Ses dernières performances, réduite à un code à déchiffrer « 6h9h4h(15)4s1hAs2s1h »
mardi 30 juin 2026
La Bataille de Gaulle (L’Age de Fer)
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
C’est un miracle. Pour la première fois, un biopic, a fortiori un docudrama historique à gros budget (74M€) a réussi à séduire le Professore. Les plus grands centres de recherches, le Laboratorio di cinematografia comparata de Parme et le Cornell Lab of Kubrickology ont immédiatement passé le cerveau de Ludovico dans leurs accélérateurs de particules pour tenter de comprendre ce qui s’apparente, il faut bien le dire, au mystère du Suaire de Turin.
Les astres étaient pourtant alignés. Car bizarrement, le professeur avait envie de voir ce film, lui qui déteste ces grosses productions bourrées de poncifs et de bons sentiments. A fortiori un biopic sur le plus grand d’entre eux, Mongénéral lui-même, garantissait du Bubblegum à tous les étage. Et ce n’est pas tout à fait faux. La Bataille de Gaulle le film enchaîne les clichés du docudrama, les dialogues explicatifs, la CGI dégueulasse sur fond vert… Pas beaucoup de cinéma là-dedans.
Qu’est-ce qui sauve le film alors ? En fait, deux choses…
Le personnage de de Gaulle lui-même. Simon Abkarian ne fait pas dans la dentelle, il crée un personnage larger than life qui incarne le melon du Général. C’est un drôle de pari : plutôt que le moderniser, l’héroïser, le réalisateur-scénariste Antonin Baudry préfère assumer totalement la caricature. Un Mongénéral de folklore que tout le monde connaît. Il aligne les bons mots « Les moustiques ne piquent pas de Gaulle ! », les postures un peu raides « Dans la direction de mon bras ! », et manque cruellement d’humour. Paradoxalement, c’est ce qui rend le personnage comique et attachant. Et cela montre au passage que tout ne tient qu’à un fil ; tout l’accable : les Anglais, les Américains, les Français de Londres ne veulent pas de lui… Plutôt Darlan, plutôt Giraud*… Sans cette arrogance, nous serions tous pétainistes.
L’autre point fort, c’est l’intrigue secondaire, celle de Fernand qui permet de créer un vrai personnage, avec un vrai point de vue et de vrais enjeux. On ne sait pas (et donc on se passionne) pour ce jeune homme scandalisé par la défaite, qui tombe petit à petit – sans héroïsation aucune – dans la résistance radicale. Cette aventure fait parallèle avec la Grande Histoire : la France qui résiste à Londres, au Cameroun, au Tchad, à Bir Hakeim, et la France qui résiste en France.
C’est rondement mené. Le personnage de Fernand monte en température par des actes minuscules (bousculer un portrait du Maréchal, chanter devant les allemands…) mais qui vont l’amener à la fameuse manifestation étudiante du 11 novembre 1940. 5000 jeunes gueulent « Vive de Gaulle ! » sous l’Arc de Triomphe, courage insensé… Dans son Journal Parisien, Ernst Jünger note laconiquement « Les fous ! S’ils savaient… » Car le lendemain, la répression s’abat sauvagement sur les participants.
Baudry raconte ça adroitement, sur la pointe des pieds, juste contrepoint à l’artillerie de campagne de la saga gaullienne : l’amoureuse juive, le passage de la Ligne de Démarcation, Jean Moulin, l’exil à Alger. Tout cela donne du cœur, et des raisons, à cette Résistance que de Gaulle seul ne peut incarner…
Et quand arrive le final, quand la petite histoire rejoint la Grande Histoire**, on comprend où Antonin Baudry a voulu nous emmener : au bord des larmes…
* Jusqu’en 44, les Américains négocieront avec Pétain, et on interdira de Gaulle d’être sur les plages de Normandie les premiers jours du Débarquement
** Comme ce personnage est peu connu, le scénariste se joue un peu de la vérité : pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fernand_Bonnier_de_La_Chapelle
jeudi 25 juin 2026
Disclosure Day
posté par Professor Ludovico dans [ Les films ]
Une première partie phénoménale, une deuxième partie dans la guimauve Spielbergienne : ceux qui ont vu A.I. Intelligence Artificielle seront en terrain connu. Spielberg avait réussi un étonnant pastiche de Kubrick, puis sombré en deuxième mi-temps chez Disney : Pinocchio, la Fée Bleue etc. Ici c’est pareil, mais on commence plutôt par une leçon au cinéma, Hitchcock chez les X-Files.
Pendant deux heures, Spielberg cache son jeu avec jubilation. De quoi parle-t-on ? Qui est qui ? Pas le moindre alien en vue, le kid de Cincinatti ne dévoile ses cartes qu’une à une, et joue plutôt sur les clins d’œil appuyés aux fans de Mulder et Scully, des Petits Gris, de la Zone 51. Un petit gars (Josh O’Connor) a détourné des fichiers top secrets de la Mystérieuse Organisation dont il faisait partie. Des Hommes en Noir, piloté par le terrible Noah (Colin Firth), partent à sa poursuite, tandis qu’une présentatrice météo du Kansas (Emily Blunt) se met à parler en langues.
Spielberg-Hitchcock est totalement à son affaire. Show, don’t tell, McGuffin, héros qui sauve quelqu’un qui veut sa mort, tout ça fonctionne pile poil.
Et arrive la scène des pianos.
Après une course-poursuite dont Spielberg a, depuis Duel, le secret du fun, le cinéaste fait atterrir ses héros dans un wagon… rempli de pianos. Ils sont quand même forts, ces Américains, pourquoi mettre des pianos là où un tâcheron aurait mis des caisses ? Un indice ? Une métaphore ? Mais c’est là que le film bascule. Emily Blunt, qui jusque-là, jouait parfaitement la Blonde-Carriériste-Qui-A-Une-Révélation, se met à jouer mal. Et quand un acteur se met à déjouer, c’est toujours un signe. On ne croit plus au scénario*, les répliques qu’on vous propose sonnent faux, les indications du metteur en scène ne sont pas claires…
À partir de là, Disclosure Day ne va faire que s’enfoncer dans le kitsch.
Il y a toujours eu deux Spielberg, l’enfant et l’homme mature, les deux capables de dérapages conséquents. Soit entre films de valeur variable (Amistad/La Liste Schindler) soit au milieu du film (AI).
Avec Disclosure Day, Spielberg revisite pourtant ici son thème fétiche ; la rencontre du troisième type par l’américain moyen, en butte à l’état comploteur. Il a réussi par trois fois, en mode sérieux (Rencontres), merveilleux (E.T.), ou terrifiant (La Guerre des Mondes).
Mais là, rien ne va. Ni le propos, ni la mise en scène, ni les acteurs, ni même la direction artistique.
Spielberg part d’une idée simple : si l’on apprenait qu’une autre civilisation existe dans l’univers, l’humanité serait à nouveau pacifique et unie**.
Représenter cette idée est une gageure, et évidemment, Spielberg échoue. Son cinéma, si musclé les deux premières heures, devient une barbe à papa écœurante de bons sentiments, incarné par des acteurs qui n’y croient plus, dans une imagerie de pub Coca pour Noël, avec petits renards et cerfs en CGI d’une mocheté absolue. Mais le pire reste à venir avec le fameux Disclosure Day. On pense alors à tous les mauvais films qui ont eu cette idée consternante : la révélation finale via une clef USB projetée sur grand écran, qui confond les méchants pour toujours et les obligent à se rendre, pieds et poings liés***.
Comme dirait Raymond Domenech, on voit pourtant des belles choses. Le propos sur l’empathie, qui serait l’arme fatale des E.T., est plutôt bien esquissé, tout comme l’idée écologiste que l’humanité doit se réconcilier avec la Création. Spielberg lance cette piste (jusque dans ses affiches) : peut-être que les E.T. sont déjà là, sous forme de cerfs, d’oiseaux, de renards… Il y ajoute – et cela ne cesse d’étonner le Professore Ludovico – un message religieux, plus précisément, catholique ! Un sujet d’autant plus rare que les Catholiques sont une minorité, souvent attaquée par le cinéma américain (Da Vinci Code). Là, Margaret, l’héroïne qui a la Révélation est atteint de glossolalie (touché par le Saint Esprit, qui prend, on le sait, la forme d’un… oiseau) ; un des personnages principaux est catholique, ex-bonne sœur, se plante un crucifix dans la main pour résister à l’emprise de Noah. Son mentor, Sœur Maura l’encourage (et partant, le spectateur) à embrasser la Création de Dieu qui englobe évidemment la vie Extra-Terrestre.
Ce propos, intéressant, troublant, aurait en réalité suffit, sans nécessiter la fameuse Disclosure. Et on aurait pu finir par la dernière scène, toute aussi chrétienne, exhortant à entendre le Message : « Listen ! »
* Un de plus grands scénaristes actuels à Hollywood, qui a travaillé avec les plus grands (Spielberg, De Palma, Fincher, Sam Raimi) sur leurs plus grands films (Jurassic Park, L’Impasse, Mission impossible, Snake Eyes, Panic Room, Spider-Man…) mais aussi sur les mauvais Indiana Jones (Le Royaume du Crâne de Cristal, Le Cadran de la Destinée)
** Pour être franc, on pensait ça à quinze ans en lisant Chroniques Martiennes. Qu’un gars de quatre-vingts ans pense toujours ça fait un peu de peine… Comme dans 2012, il est notable que seul le Grand Méchant a les pieds sur terre : lui est beaucoup plus circonspect sur l’humanité.
*** Et comble de la connerie, il essaie de nous faire pleurer sur de pauvres E.T. injustement torturés dans la Zone 51… On touche le fond.
mardi 9 juin 2026
La Taupe, retour au Cirque
posté par Professor Ludovico dans [ A votre VOD -
Les films ]
On avait pris un peu de haut La Taupe à l’époque. Ça arrive, que le Professore prenne les films de haut… C’est devenu depuis un film chéri. On ne se lasse pas de le revoir, soit par bouts (chacune des scènes est culte), soit intégralement, comme hier.
Ce qu’on prenait pour de la complexité était de l’art. Oui, l’art de l’artisan qui polit avec amour le merisier dont il fera une belle table. L’histoire de La Taupe n’est pas simple ? Mais Ludovico, on est chez John le Carré, pas chez Ian Fleming ! Ce n’est pas clairement raconté ? Mais il a rien compris le Ludovico, ou quoi ? C’est justement ce que veut Tomas Alfredson : une ambiance paranoïaque, comme celle des sixties Cold War.
Les personnages et leurs acteurs sont tous fantastiques, émouvants de bout en bout. On frissonne au début de chaque scène – c’est le plaisir de la revoyure que d’anticiper les émotions à venir ! Le Jour de Noël, où le MI-6 entonnent l’hymne soviétique, la cuisine où Guillam révèle à la fois sa vie intime et comment s’en débarrasser, cet aérodrome où un avion menaçant fait craquer Esterhase. La Taupe fait partie de ces films impossibles à lâcher… Tout est parfait, l’image (signé par Hoyte van Hoytema*), le son, la déco, la musique (Julio Iglesias !)
Frissonner à chaque fois qu’on s’approche de l’être aimé, n’est-ce pas la définition même de l’amour?
* révélé par Tomas Alfredson dans Morse mais qui a enchainé les master class de chef’op chez Christopher Nolan, James Gray, Jordan Peele : Interstellar, Spectre, Dunkerque, Ad Astra, Tenet, Nope, Oppenheimer et bientôt L’Odyssée !
vendredi 5 juin 2026
The Boys, finalement
posté par Professor Ludovico dans [ Séries TV ]
The Boys, c’est fini. Et il était temps, car la série tournait en rond. Elle finit, oserait-on dire, à la française : propos fort, dramaturgie bof.
Son intention politique est toujours aussi forte (avec cette fois-ci une parodie de Trump tout à fait exemplaire). Mais The Boys oublie le principal : incarner des personnages et une histoire intéressante.
Car cette fois-ci, tout part dans le décor. Derrière les obsessions scatologiques de la série et des « Fuck » en guise qui virgulent les dialogues, l’histoire rebondit dans toutes les sens, en perdant justement tout sens.
Ça ne suffit pas à faire un film.